Lions indomptables : halte aux tâtonnements !

La lourde défaite concédée face au Cap-Vert (3-1) traduit l’ampleur du chemin qui reste à parcourir pour mettre sur pied une sélection compétitive à quelques mois de la CAN 2021.

Plutôt que de continuer à tester des nouveaux joueurs, le staff technique devrait miser en priorité sur l’expérience, la solidarité et l’homogénéité du bloc-équipe pour espérer conduire le Cameroun à la victoire finale. Nous vivons malheureusement une situation qui rappelle le CHAN 2020 où on était encore à rechercher un « tueur » à quelques semaines du coup d’envoi. La présence de l’équipe du Cameroun lors de phase qualificative de la CAN 2021 a beau être anecdotique pour certains, sa prestation sur le terrain et les résultats qui en découlent sont à prendre très au sérieux. Même si cet échec cuisant n’a aucune conséquence sur l’avenir immédiat des Lions indomptables, le Cameroun étant déjà qualifié en sa qualité de pays organisateur, des circonstances atténuantes comme la convocation ou non de certains joueurs, le contexte sanitaire international ainsi que la gestion administrative et technique d’un effectif à géométrie variable ne devraient pas faire perdre de vue ce qu’il y avait de plus important : préserver l’invincibilité du Cameroun pour mieux renforcer le climat de confiance entre les joueurs ainsi que la solidarité au sein du bloc-équipe. Quand on voit la vive polémique qui a précédé cette rencontre ainsi que certaines explications qui ont apporté encore plus de confusion dans les esprits, il y a lieu de croire que nos Lions méritaient mieux que cette déculottée qui constitue la plus lourde défaite de l’ère Conceicao et même dans l’histoire plus ou moins récente de l’ équipe nationale, alors même que certains observateurs parlaient de la montée en puissance de l’équipe du Cameroun qui n’avait plus perdu de match depuis un certain temps. Qu’est ce qui n’a donc pas marché ?

Mais toutes les raisons avancées jusqu’ici pour justifier cette humiliation ne tiennent pas la route dans la mesure où la sélection nationale d’un pays qui s’apprête à accueillir le plus grand événement sportif du continent se doit être exemplaire sur tous les plans. Les stades sont déjà là et font notre fierté mais qu’en est-il de nos gladiateurs ? Sont-ils véritablement au point, sont-ils suffisamment motivés pour la grande bataille qui s’annonce ? Ne perdons pas de vue que la Coupe d’Afrique des nations 2021 c’est dans neuf mois environ. On peut regretter que pendant que le temps presse, ceux qui sont en charge de l’encadrement de l’équipe continuent à concocter des formules expérimentales au lieu de mettre sur pied un bloc-équipe compétitif. Dans le cas d’espèce, on a l’impression que les uns et les autres profitent de l’absence d’un enjeu immédiat pour se complaire dans un relâchement proche de la désinvolture. Alors que la phase finale s’approche à grands pas, le moment des tâtonnements ne semble plus indiqué pour le staff technique dont la priorité n’est plus de tester des nouveaux joueurs, de rechercher l’oiseau rare, mais plutôt de consolider l’équipe-type pour mieux asseoir la complicité et régler les automatismes entre joueurs qui se connaissent déjà. A titre de rappel, sur le onze entrant face au Cap-Vert (Fabrice Ondoa (GK), Olivier Mbaizo, Jerome Onguene, Macky Bagnack, Fabrice Gael Ngah, Arnaud Djoum, Kunde Malong, Jean Emile Onana, Serge Tabekou, Vincent Aboubakar, Nicolas Moumi Ngamaleu) à peine trois ou quatre ont joué ensemble aux mêmes postes ces dernières années et iil semble imprudent d’expérimenter des nouvelles combinaisons à l’attaque, au milieu de terrain ou en défense centrale à l’approche d’une compétition que l’on veut remporter à domicile. Il en va autrement dans des équipes comme l’Algérie, le Maroc, la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Gabon. S’agissant du Cameroun, en dehors de certains grands absents, le casting en lui-même pose problème puisqu’on a introduit un peu trop facilement des éléments en manque de compétition ou évoluant dans des clubs de seconde zone et ce face à un adversaire qui a souvent donné du fil à retordre au Cameroun. Rappelons qu’au match-aller déjà, le Cap-Vert (80è rang au dernier classement mondial Fifa) s’en était tiré avec un match nul vierge
C’était déjà un sérieux avertissement à ne pas prendre à la légère. Accepter de perdre parce qu’on veut essayer des nouveaux joueurs peut avoir un effet pervers et installer à la longue une mentalité de la défaite alors qu’il faut plutôt cultiver celle de la gagne. Par ailleurs, perdre aussi facilement un match c’est donner un mauvais signal aux futurs adversaires. A titre de comparaison, toutes les sélections nationales considérées comme des favoris ou des outsiders de la CAN 2021 (Tunisie, Maroc, Mali, Algérie, Egypte Nigeria, Côte d’Ivoire, Ghana, Sénégal, Gabon…) sont sur une pente ascendante et ont largement battu leurs adversaires respectifs lors de cette dernière ligne droite alors que le Cameroun encaissait l’une des plus lourdes défaites. Largement vainqueurs de la RDC avec un trio offensif magique, nos voisins gabonais ne rêvent que de prendre leur revanche bientôt en terre camerounaise. Cela peut faire sourire, mais attention ! Ne nous berçons pas d’illusions en donnant l’impression que la victoire finale est d’ores et déjà acquise. Nous sommes encore très loin du compte et le Cameroun ne saurait dépenser autant d’argent pour une compétition et passer totalement à côté. Ce n’est pas dans l’ordre de l’imaginable même si certaines attitudes n’incitent pas à un optimisme béat. Reconnaissons au passage qu’il faut avoir l’humilité de ne négliger aucun adversaire, quel qu’il soit. Au-delà de l’échec, le score et le scénario constituent des signaux inquiétants.


Maintenant que chacun connait ses limites, les tergiversations n’ont plus de place car le temps presse. Malgré la persistance des faux procès en patriotisme, la situation actuelle nous interpelle tous. Aucun Camerounais digne de ce nom ne souhaiterait revivre le scénario catastrophe qui nous a empêché de remporter les trois grandes compétitions organisées à domicile. Le Cameroun a ainsi perdu respectivement à la CAN 1972 (demi-finale), à la CAN féminine 2016 (finale) et au CHAN 2021 (demi-finales). Pour que le quatrième essai soit concluant, il est urgent de ramener la confiance et la sérénité dans la Cameroon Team. D’où la nécessité de corriger au plus vite quelques erreurs de casting au niveau de la sélection nationale et surtout de restaurer l’esprit de fraternité pour mieux renforcer la solidarité au sein du groupe. Si nous voulons aller plus loin, il faut savoir surmonter par exemple avec tact et méthode la bataille au niveau du capitanat qui se profile à l’horizon et qui pourrait nous faire retomber dans les mêmes errements qu’en 2010 avec les graves conséquences que l’on sait. S’il y a un problème à régler à ce niveau, que cela soit fait dans la concertation et en toute transparence. Dans leur large majorité, les Camerounais souhaitent une victoire finale à domicile pour étoffer davantage le palmarès du Cameroun déjà sacré à cinq reprises. D’où l’impérieuse nécessité de taire les querelles, de resserrer les rangs pour viser le même objectif. Ceux qui sont en charge du management de la sélection nationale auront-ils assez de grandeur d’esprit pour surmonter les pulsions émotives, taire les querelles partisanes pour regarder dans la même direction ? Plus facile à dire qu’à faire car certaines crispations ont la vie dure. Unis pour la même cause, les Lions indomptables gagneraient à renouer avec le fameux « fighting spirit » qui faisait jadis leur force ». Toutes les autres sujets emblent secondaires.

Jean Marie Nzekoue éditorialiste

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